Un de vos patients, 34 ans, se présente avec une ordonnance de venlafaxine 75 mg par jour, établie par son médecin psychiatre. Le patient prenait depuis 4 mois de la fluoxétine, mais avec peu d’efficacité. Le médecin lui a proposé ce changement de traitement. Le patient précise que le médecin ne lui a donné aucune indication sur le relais entre ces deux médicaments.
- Que lui conseillez-vous ?
La dépression est une pathologie fréquente, qui touche une personne sur cinq au cours de sa vie. On estime, par ailleurs que 60 % des patients ne répondent pas ou seulement partiellement, à un traitement antidépresseur après une première ligne de traitement bien conduite.
En cas d’absence d’efficacité de la première molécule, d’efficacité insuffisante malgré l’augmentation de la dose ou en cas d’effets secondaires gênants, il peut être utile de switcher un antidépresseur pour un autre. Pour rappel, il est recommandé d’attendre 4 à 6 semaines avant de juger de l’efficacité d’un traitement antidépresseur. De plus, compte tenu de l’absence de preuve suffisante justifiant l’efficacité supérieure d’un antidépresseur par rapport à un autre, le choix de la molécule dépend des facteurs suivants : effets secondaires possibles, traitements associés et interactions médicamenteuses éventuelles, nature des symptômes dépressifs, âge du patient, comorbidités, antécédent personnel ou familial de bonne réponse à un antidépresseur donné et coût du traitement.
Il existe différentes méthodes de « switch ». Un « switch » entre deux molécules doit respecter certaines règles, prenant en compte les caractéristiques en lien avec la première et la seconde molécule utilisée, et les caractéristiques en lien avec l’individu. L’objectif d’un « switch » réussi est de garantir l’efficacité de la seconde molécule introduite afin de traiter l’épisode dépressif, tout en diminuant le risque de survenue de symptômes de discontinuation dus à l’arrêt de la première molécule, et en limitant le risque d’interactions médicamenteuses entre les deux traitements. La période de « switch » est une période particulièrement délicate qui nécessite un suivi rapproché. Les patients doivent être informés des symptômes pouvant survenir durant le « switch » (symptômes de discontinuation et recrudescence de symptômes anxieux ou dépressifs).
Des outils accessibles nous permettent de réaliser ces switchs de façon optimale.
Le site psychiatrienet propose par exemple un tableau interactif croisé.
https://wiki.psychiatrienet.nl/wiki/SwitchAntidepressants
Dans le cas de notre patient, pour passer de la fluoxétine à la venlafaxine, le relais doit se faire de la façon suivante :
- Jour 1 : arrêt de la fluoxétine
- Jour 5 : commencer la venlafaxine à faible dose (37,5mg par jour)
- Jour 15 : augmenter la dose de venlafaxine à 75 mg par jour
- Jour 20 et suivant : augmenter la dose de venlafaxine si nécessaire.
A noter :
- La fluoxétine ralentit le métabolisme de la venlafaxine via le CYP2D6.
- La fluoxétine et son métababolite desméthyl-fluoxétine ont un temps d’élimination très long d’environ 1 semaine ; Il n’est donc pas nécessaire d’éliminer progressivement la fluoxétine.
Dans le cas de notre patient, il convient donc de contacter le prescripteur afin de revoir avec lui les conditions de ce changement de traitement de la fluoxetine vers la venlafaxine.
(Sources :
Le site psychiatrienet : https://wiki.psychiatrienet.nl/wiki/SwitchAntidepressants
« Recommandations pour switcher et arrêter les antidépresseurs » (C. Gauthier, P. Abdel-Ahad, R. Gaillard, L’Encéphale 44, 2018)